Willy Guyot, malade du plomb, aux côtés de son avocat, Patrick Derowski

Le marathon judiciaire d’un malade du plomb

Il a fallu 11 ans pour qu’un habitant des Essarts-le-Vicomte, malade du plomb, arrive à faire reconnaître son cas devant plusieurs tribunaux.

Onze ans de combat judiciaire pour être reconnu comme malade du plomb en raison de sa profession.

« En sollicitant maître Derowski en 2004, je ne pensais pas que nous allions nous revoir aussi souvent et durant aussi longtemps », soupire Willy Guyot.

En 2004, cela fait déjà plusieurs années qu’il est fondeur ciseleur à la fonderie d’art Paumelle de Morsains, entre Montmirail et Esternay. Il fond des pièces qui contiennent du plomb, les ponce. Il ressent une grande fatigue.

« Nous travaillions sans hotte, avec des masques en papier, il y avait trop de plomb dans l’atmosphère de cet atelier où les conditions de travail étaient indignes », poursuit-il. Des analyses révèlent un taux de plomb anormalement élevé dans son organisme.

Le risque de développer un cancer ou une leucémie est élevé chez les personnes intoxiquées au plomb. Willy Guyot est aussi gravement atteint au dos, « car on manipulait des godets de métal en fusion sans palans ».

Depuis cette époque, la vie de cet ouvrier se partage entre les cabinets médicaux et les prétoires. Une plainte est déposée en 2004.

Employeur condamné

Elle aboutira à la condamnation de son employeur en 2013 par le tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne. Le dirigeant de la fonderie d’art est condamné à 1 an de prison avec sursis et 5000 euros d’amende pour mise en danger de la vie d’autrui. Aucune des parties ne fait appel.

L’année dernière, ce sont les Prud’hommes qui condamnent le gérant de la fonderie à environ 9000 euros d’amende. Pas d’appel.

Au début de cette année, c’est le tribunal des affaires de sécurité sociales de la Marne qui rend son jugement et reconnaît la faute inexcusable de l’employeur en ce qui concerne l’exposition de Willy Guyot au plomb.

Cet habitant des Essarts-le-Vicomte voit rejetée sa demande de reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur pour son mal de dos.

« Le tribunal des affaires de sécurité sociale a estimé que nous n’avions pas apporté la preuve que Willy Guyot aurait porté de lourdes charges », précise Maître Derowski, avocat à Épernay.

Willy Guyot ne fera pas appel. « Je suis fatigué, usé par toutes ces démarches  », lâche cet homme aujourd’hui âgé de 57 ans qui est devenu couvreur.

Un marathon judiciaire qu’il a été le seul a mener jusqu’au bout. Car Willy Guyot avait des collègues. Certains se sont engagés dans des procédures, mais n’ont pas été aussi loin que Willy Guyot.

Un collègue de Willy Guyot avait aussi eu gain de cause auprès du tribunal correctionnel en 2013.

« Monsieur Guyot était aussi le salarié le plus atteint dans l’entreprise », précise Maître Derowski.

À la fonderie de Morsains, des dispositifs de ventilation ont été installés peu après la plainte déposée par Willy Guyot. « Mon combat aura au moins servi à améliorer les conditions de travail dans cette entreprise », glisse l’ancien fondeur.

Pour son avocat, cette affaire se termine avec un goût amer. « Plus de 10 ans, cela reste un délai assez long, estime-t-il avec pondération, mais ces jugements ont le mérite de rappeler que l’employeur a une obligation de sécurité envers ses salariés. »

Publié dans le journal l’Union le 31 Mai 2015

 Article de Guillaume Tallon

Photo : Willy Guyot (à g.) aux côtés de son avocat, Patrick Derowski.

Cour d'assises de la Marne

Le procès d'un violeur récidiviste

Publié dans le journal L’Union du Lundi 9 Décembre 2013.
REIMS (51). Josian A. comparaît ce matin pour la troisième fois de sa vie devant la cour d’assises de la Marne. Et comme à chaque fois, il devra répondre de viol par concubin. En février 1996, cet homme, aujourd’hui âgé de 61 ans, avait écopé de huit ans de réclusion criminelle pour avoir abusé de sa compagne. L’année suivante, le 7 avril 1997, il était de nouveau dans le box de la cour d’assises pour viol avec violence, condamné à douze ans de réclusion criminelle. Il était alors question de deux femmes qu’il avait séduites tour à tour avant de leur faire vivre un véritable cauchemar.
L’œil d’une caméra
Don Juan machiavélique et manipulateur impénitent, Josian A. est jugé aujourd’hui et demain pour viol par concubin en état de récidive, séquestration, violences habituelles et proxénétisme, entre janvier 2005 à novembre 2011. Cette fois, il lui est reproché d’avoir mis dans ses griffes une Sparnacienne d’une cinquantaine d’années, s’installant chez elle avant de tisser sa toile pour la couper de son entourage.
Sous sa coupe, la malheureuse aurait été régulièrement battue, le plus souvent dans le cadre de violents rapports sexuels. Le suspect l’obligeait à détourner le regard dans la rue à la vue d’un homme. Parallèlement, il aurait poussé le vice jusqu’à la contraindre à passer des petites annonces dans le gratuit Paru Vendu pour qu’elle s’offre à d’autres hommes moyennant rétribution. Lui jouissait du triste spectacle à travers un mur discrètement percé pour laisser passer l’œil de sa caméra. Mixant les images, le pervers réalisait ensuite des films pour continuer à se délecter du triste spectacle.
Tout au long de l’enquête, Josian A. a réfuté la plupart des accusations portées par son ex-compagne, parlant de libertinage quand elle évoquait les viols et la prostitution. Celui que les experts décrivent comme dangereux et incurable a tout au plus reconnu avoir administré quelques gifles à sa victime. M e  Benjamin Chauveaux aura la difficile tâche de défendre l’accusé tandis que M e  Isabelle Guillaumet-Decorne assistera la plaignante en partie civile.

E.L.

Tribunal de Châlons-en-Champagne

Des malades du plomb attaquent leur ex-employeur

Journal l’Union – Publié le mercredi 17 septembre 2013.

 
Le saturnisme dont sont atteints les deux salariés a été reconnu comme maladie professionnelle par la Sécurité sociale. Archives.

MORSAINS (51). À l’issue d’une longue instruction, leur procès est prévu demain au tribunal de grande instance de Châlons-en-Champagne. Atteints de maux liés au plomb, essentiellement de saturnisme, deux salariés avaient porté plainte pour empoisonnement en 2004 contre leur employeur : la fonderie d’art Paumelle installée à Morsains près de Montmirail, qui employait alors seize personnes.
C’était en août de cette année-là, l’un était ouvrier ciseleur, l’autre ouvrier fondeur. Tous deux manipulaient du métal en fusion en vue de fabriquer des figurines en bronze. Leur fierté à tous. Leur mission portait sur le ponçage et sur le moulage des pièces. Et qui dit poncer, dit poussière de plomb. L’un d’eux exprimait alors dans nos colonnes son amour pour le métier, « mais un métier qui tue à petits feux »
Des règles de sécurité sommaires
Il s’est vite avéré que l’atelier présentait des règles de sécurité plus que sommaires. C’est en tout cas ce qu’ont dénoncé ces deux salariés qui ont été dans l’obligation de s’arrêter de travailler à plusieurs reprises et pour des périodes de plus en plus longues, car notamment victimes de crise de saturnisme. L’un d’eux a même été licencié pour cause d’absence prolongée provoquée par la maladie…
Leur maladie a rapidement été reconnue maladie professionnelle par la sécurité sociale qui les a déclarés inaptes à leur poste de travail. L’inspection du travail a en outre rendu de multiples rapports à ce sujet. Selon l’avocat de la défense des deux ouvriers, Patrick Derowski, du barreau de Châlons-en-Champagne, il restait nécessaire à l’époque de prendre un certain nombre de précautions adaptées qui n’ont pas été prises en temps voulu. Depuis les choses ont bien entendu évolué.
Si aujourd’hui une partie du plomb inhalé a été éliminée par le corps des deux victimes, il s’avère qu’ils restent plus exposés aux maladies telles que le cancer et la leucémie. Demain après-midi s’ouvrira leur procès, pour mise en danger d’autrui et blessures involontaires entraînant une incapacité de travail de plus de trois mois et ce par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence. Au cours de cette audience correctionnelle, attendue depuis de longues années par les victimes, d’autres salariés pourront ce jour-là se porter parties civiles. Il leur suffira d’être présent ou d’être représentés par un avocat.
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Il met le feu à sa femme

Journal l’Union – Publié le jeudi 15 décembre 2011.

CHALONS-EN-CHAMPAGNE (Marne) Denis Fabre, un Sparnacien de 60 ans, a été condamné à 18 mois de prison ferme pour avoir tenté d’incendier sa femme.

Denis Fabre a déjà fait un an de préventive.
Hervé Oudin

Il a commis l’innommable. Il a aspergé son épouse d’un produit corrosif (de l’acétone) et a voulu la faire brûler comme on allume une torche. Puis, il a laissé pourrir ainsi sa victime… brûlée à l’oreille, au cou, dans le dos au second degré, sans appeler les secours, sans la moindre compassion pour une femme qu’il battait depuis 10 ans.
« C’était une imbécillité… Je n’étais pas en état de réfléchir ce jour-là. » C’est un homme froid, impassible, qui s’est présenté hier après-midi à la barre du tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne. Un homme, déjà condamné en 2002 à un an de prison avec sursis pour des violences sur sa compagne, qui a nié toute responsabilité. « J’ai mal réagi. Je n’ai fait que répondre à sa provocation… Je ne suis pas un homme violent. »
Elle fait 45 kg, il en fait 90. Elle mesure à peine 1,50 mètre. Il fait 1,95 mètre. Denis Fabre, un Sparnacien de 60 ans, a tout simplement nié les évidences. Les bleus qu’elle avait sur tout le corps ? « Elle était ivre, elle tombait souvent. » Au point d’être constamment couverte de bleus et d’hématomes.
Les témoins, les voisins ont tous évoqué des disputes régulières, des cris, des gémissements et des appels au secours. Pendant 10 ans, Martine a vécu un calvaire dont elle ne sortira indemne que grâce à l’intervention d’une tierce personne.
Tout a commencé en 1999… Denis a d’abord fait un feu de joie avec ses vêtements, avant de l’isoler peu à peu du reste du monde. Les coups (des gifles d’abord, puis des coups de pied et coups de poing, sans oublier des morsures) étaient son quotidien, mais jamais elle n’osera partir.
Même après avoir porté plainte une première fois en 2002. Il aura fallu le passage d’une démarcheuse à domicile ce 24 juillet 2009 pour qu’elle ose enfin appeler à l’aide. Cela faisait trois mois qu’elle souffrait en silence de ses brûlures. Elle se soignait comme elle le pouvait. Ce jour-là, elle a supplié la démarcheuse de la sortir de là. « Aidez-moi, aidez-moi ! »
C’est une femme terrorisée qui a franchi les portes du commissariat de police ce 24 juillet, une femme qui a reconnu être battue depuis plus de 10 ans. Son avocate, Me Fillion, a évoqué « des actes de torture et de barbarie », rappelant qu’un jour, « il lui a arraché une narine en la mordant, il lui a broyé le poignet en le tordant comme on tord une serpillière… Et ça s’est terminé par une tentative de meurtre qui aurait pu finir aux assises ».
Interpellé le jour même à son domicile, Denis Fabre a d’abord nié les évidences. Il aurait simplement voulu allumer un réchaud pour faire une fondue. Le liquide se serait renversé, par maladresse, sur sa compagne. Il finira par reconnaître les faits, tout en traitant sa femme comme une coupable. Une ligne de conduite qu’il a maintenue hier à la barre, alors que l’expert a évoqué « une personnalité perverse. Un état dangereux. Un homme difficilement curable et réadaptable ».
Me Carteret, pour la défense du prévenu, a plaidé « un contexte », « une femme alcoolique, qui piquait des crises, provoquait Denis… Quand, elle avait bu, c’était infernal… » De là à suggérer qu’elle méritait ce qu’elle a subi, il n’y a qu’un pas que le conseil de Denis Fabre a presque franchi.
Le tribunal n’a pas suivi. Il a relevé l’état de récidive et condamné le prévenu à deux ans de prison dont six mois avec sursis et mise à l’épreuve pendant trois ans. Denis Fabre devra également s’abstenir d’entrer en contact avec la victime. Interdiction lui a par ailleurs été faite de fréquenter un débit de boissons.
Caroline GARNIER
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Le Barreau de Châlons aide les victimes d'infractions pénales

Initié par différents partenaires, parmi lesquels le Ministère de la Justice, le Conseil Général et les professions du droit, le Centre départemental d’accès au droit vise à rapprocher les citoyens de leur justice, au moyen notamment de consultations juridiques gratuites. C’est dans ce cadre que le Barreau de Châlons-en-Champagne met en place, à compter du 1er mai, un dispositif spécifiquement destiné aux victimes d’infractions pénales, que nous présente son bâtonnier, Maître Patrick Derowski.
Par Jean-Marc RUFFIER – Petites Affiches Matot-Braine – N°6975
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